Opéra participatif : 100 élèves sur scène avec l’Ensemble Aedes

C’est une aventure peu ordinaire qui a débuté au printemps 2018 pour l’Ensemble Aedes et une centaine d’élèves de la Région Hauts-de-France ! Les enfants de l’école Royallieu à Compiègne sont mobilisés autour de la création d’un opéra participatif, dont la représentation tout public aura lieu au Théâtre de Compiègne le 11 juin 2020. Le spectacle, créé sur une composition originale de Vincent Bouchot et une mise en scène de Jeanne Desoubeaux, réunit autour de Mathieu Romano et des chanteurs de l’ensemble, des jeunes associés à toutes étapes de la création : de la conception du livret à la scénographie en passant par les ateliers chant, danse et théâtre. 

L’opéra participatif s’inscrit dans la lignée du « Plan Chorale » annoncé par les ministères de l’Education nationale et de la Culture le 11 décembre 2017. L’Ensemble Aedes reçoit le soutien de la DRAC Hauts-de-France, de la Région Hauts-de-France, du Département de l’Oise et du Théâtre Impérial de Compiègne, son lieu de résidence depuis 2012.

Le livret Argos et Grigoria imagine deux villes régies par des vitesses radicalement différentes : Speed-City et Slow-Town. Il raconte l’histoire d’un amour a priori impossible entre deux protagonistes aux modes de vie radicalement opposés, faits de pulsations et de rythmes en désaccord constant. Vincent Bouchot, compositeur, nous en dit plus sur cet ambitieux projet artistique et pédagogique !

Entretien avec Vincent Bouchot, compositeur

Quelles sont les caractéristiques d’un opéra participatif ?

Un opéra participatif, c’est un opéra où la dimension pédagogique est importante, et où le travail avec les participants non professionnels (les enfants en l’occurrence) détermine une partie de ce qui va être écrit. Il s’agit d’écrire en fonction de ce qui est proposé par les enfants, de ce dont ils sont capables, alors que dans une écriture plus classique la partition est un idéal à atteindre quels que soient les moyens mis en œuvre.

Comment envisagez-vous la place des enfants dans cette composition ?

La place des enfants dans Argos et Grigoria est assez étrange parce qu’elle est à la fois évidente et fantomatique… Les enfants n’apparaissent pas dans le livret original, ils n’ont pas de personnages, leur présence n’est même pas signalée, mais chaque chanteur professionnel adulte sera entouré d’une quinzaine d’enfants qui seront ses « électrons », qui le suivront partout, qui seront un prolongement de son personnage, et qui commenteront ce qu’il fait, ce qu’il chante, par des bruits organisés, des « refrains » construits à partir d’une réplique. En outre, les enfants chanteront 3 chansons qui concluront chacun des 3 actes et dont ils auront en partie écrit le texte sous forme d’ateliers d’écriture.

Quelle préparation cela va-t-il nécessiter ?

Un long travail destiné tout d’abord à faire connaissance, à les habituer à des attitudes, à des exigences, dont ils n’ont pas l’habitude ; des ateliers où leur créativité va être mise à l’épreuve, canalisée… ; un travail de mise en scène avec Jeanne Desoubeaux, qui est beaucoup plus long que ce dont ils ont l’habitude : leur temps est très différent du nôtre, construire un spectacle sur la durée est une idée qui leur échappe totalement au début. Pour eux, juin 2020 (date de la création) c’est à peu près dans un siècle pour nous…

Pouvez-vous nous en dire plus au sujet de cet opéra ?

Le livret est inspiré par la pièce de Jean Tardieu L’Île des lents et l’île des vifs. Dans l’histoire que j’ai élaborée à partir de l’idée originale de Tardieu (et en m’appuyant aussi sur Une Fantaisie du docteur Ox de Jules Verne), deux villes dans des montagnes reculées d’Amérique présentent des caractéristiques extraordinaires et incompatibles : dans l’une, Speed-City, tout le monde vit à toute allure, tout le monde est pressé, impatient, dans l’autre, Slow-Town, tout le monde vit au ralenti. Un jeune homme très vif, Argos, tombe amoureux d’une jeune fille très lente, Grigoria. Leurs fiançailles tournent au fiasco, les deux familles n’arrivant pas à se comprendre. Les héros décident alors, aidés malgré eux par une marraine un peu fée, de faire le chemin l’un vers l’autre : il ralentira, elle accélèrera. Mais, arrivés au même rythme de vie, ils s’aperçoivent que leur amour s’est enfui. Ils sont devenus trop semblables, leurs sentiments se sont éteints. Ils décident donc de se séparer. Chacun d’eux, cependant, continue sa route, lui vers plus de lenteur, elle vers plus de rapidité, et ils se retrouvent finalement à l’inverse de leur situation initiale : c’est alors que leur amour peut renaître, à la fois parce qu’ils sont différents et parce qu’ayant été autrefois ce que l’autre est devenu, ils se comprennent mieux.

En quoi l’écriture du livret vous a-t-elle inspiré ? A quelles contraintes vous êtes-vous confronté ?

Pour l’écriture du livret je me suis imposé une contrainte simple et très forte : écrire en vers réguliers avec rimes très libres. Je suis un admirateur du mouvement littéraire de l’OuLiPo, un mouvement pour qui la contrainte est nécessaire à la création, il ne me paraissait pas possible de me laisser guider seulement par des nécessités dramatiques, il fallait que je le sois aussi par des barrières formelles. Je sais aussi que mettre en musique des vers est infiniment plus facile que mettre en musique de la prose, le librettiste est donc venu au secours du compositeur. Pour éviter un ronronnement trop évident du mètre, j’ai alterné des vers de 7 et 8 pieds, ça casse de façon évidente la prosodie, tout en créant une unité.

Quelles vont êtres les grandes étapes de travail jusqu’à la réalisation d’Argos et Grigoria ?

D’abord la composition ! A ce jour j’ai écrit un air et un duo qui seront proposés au public le 6 juin prochain à l’Espace Jean Legendre, pour faire connaissance, et j’ai travaillé de façon formelle à la logique musicale, au développement d’idées mélodiques, harmoniques, conceptuelles (sur les tempi notamment, qui sont au cœur de l’idée de vif et de lent !). A cette partition « normale » seront greffés les apports des enfants que nous allons élaborer ensemble, formaliser, finaliser, à partir de la rentrée prochaine, jusqu’au printemps 2020. Ensuite le travail plus classique avec les chanteurs adultes et l’ensemble instrumental, ensuite la dernière ligne droite juste avant la création, et ensuite… Le long travail de deuil du compositeur et celui plus rapide de la metteuse en scène et des interprètes !

L’Ensemble Aedes remercie les élèves de Terminale, spécialité cinéma-audiovisuel de l’Institution Jean-Paul II qui réalisent un reportage dans le cadre de leur projet tuteuré.

 

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    Posted at 07:04h, 23 juillet Répondre

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